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LES SECONDS VINS : UNE FAUSSE BONNE AFFAIRE ?

J’ai connu mes premiers émois bachiques lorsque j’étais étudiant.

Tous les mois nous faisions petit repas arrosé immanquablement de trois vins : champagne Delamotte, le château Lanessan et le château Figeac. Ces vins qui étaient compatibles avec nos revenus qui n’étaient pas extraordinaires , étaient achetés en grande surface chez Carrefour.

Quarante années plus heure, au terme d'une carrière professionnelle honorable, ces vins ( ou plus exactement un) nous paraissent hors de portée. (il s'agit du château Figeac).

Au terme de cette evolution, on constate deux phénomènes :

– le prix de certains vins a augmenté de façon exponentielle alors que certains coûts de production sont restés stables en francs constants par exemple, le foncier a été souvent très largement amorti en outre. En outre, les ouvriers viticoles du Médoc sont toujours aussi mal payés…

– on constate une multiplication des seconds vins. À l'époque pratiquement seuls château Margaux et le château Palmer avaient un second vin.

. La « dégustation » (j’hésite employer ce mot compte tenu de la qualité du vin )récente d'un second vin d’un grand cru de Saint-Émilion m'incite à quelques réflexions. Tout d'abord le vin est indigne d'un hard disount. Pourtant il n'était pas à proprement parler donné : 20 € ce qui permet d'avoir chez un caviste des vins tout à fait honorables. J'en conclus que l'évolution dénoncée a incontestablement le mérite de favoriser les revenus des viticulteurs. En effet, alors que les prix ont considérablement monté la plupart s'appuient sur ces vins pour élargir leur fonds de commerce. Des vins qui auraient été condamnés à l'anonymat se retrouvent grâce à la mention seconds vins ,dans l'ombre des grands crus. Le consommateur croit ainsi faire une bonne affaire. Nous serons quant à nous beaucoup plus nuancés

– tout d'abord il y a eu une inflexion des seconds vins. Si l'on s'attache à l'appellation haut Médoc, qui n'est pas une appellation des plus prestigieuses, il y a 16 seconds vins .Tous les châteaux « géniteurs » des premiers vins méritent- ils d'avoir une descendance ? On n'en doute d'autant plus qu'il n'y a pas de critère du second vin. Le second vin peut-être élaboré avec des vignes jeunes, un assemblage imparfait etc. Donc,le consommateur ignore les origines de ce déclassement.

– Par ailleurs, la descendance est douteuse. Ainsi, on est passé du second vin à un troisième vin ; c'est notamment le cas du château La Lagune. Le dernier vin, est très proche d'un Bordeaux de base. Or, certains viticulteurs font mieux dans cette dernière appellation mais les prix ne sont pas du tous les mêmes

– La pratique est d'autant plus discutable que ce troisième vin flirte parfois avec des vins de base de négociant. Ainsi, la cuvée Esprit de Pavie relève de l’appellation Bordeaux rouge.. En outre, si l’on examine le sites Internet, on constate que l’esprit de Pavie peut avoir des capacités de garde très différente (sic). Ce qui en langage clair se traduit par le fait que les mauvais millésimes peuvent être difficilement buvables .

Le consommateur est donc incontestablement trompé. Il croit avoir en second vin .Il en a un troisième . Bien entendu ceci, n’apparaît pas clairement sur la bouteille..

Ainsi, l’amateur plus ou moins snob qui prétend impressionner ses invités en soutenant qu’il a trouvé en château Pavie déclassé, à petit prix risque fort de déchanter…

Au total , il faudrait incontestablement que les pouvoirs publics clarifient la réglementation applicable à ce type de vin. On pourrait ainsi concevoir que les raisons du déclassement soient à peu près indiquées.

Par ailleurs, il serait peut-être nécessaire de faire une distinction claire entre le château « principal » « et la production secondaire .ll l

Ceci serait incontestablement moralisateur compte tenu des prix des seconds vins .Le consommateur ferait mieux de se rabattre sur des appellations secondaires qui donnent des vins fort honorables lorsqu’ils sont bien vinifiés et incontestablement supérieurs à ses seconds vins. On pensera notamment au Château-Reynon.

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